Les dictatures, surtout sous les tropiques, font de l’usage de la torture, une arme de gouvernance. La soldatesque à la solde des régimes est mise à contribution pour extorquer, soit des aveux ou juste par pure méchanceté en exerçant   des traitements inhumains et dégradants sur les victimes. Si dans la plupart des cas, ce sont les hommes qui sont les plus exposés, les femmes ne sont pas non plus épargnées. C’est notamment le cas de JestinaMukoko, qui a fait l’objet de torture en Zimbabwe sous le régime de l’ancien patriarche Robert Mugabe. Après une longue bataille judicaire, elle a eu gain de cause devant les tribunaux face à l’Etat. Une première dans l’histoire de ce pays qui devrait servir d’exemple aux autres.

La justice zimbabwéenne a condamné le 5 octobre 2018 l'Etat à verser 150.000 dollars de dédommagements à JestinaMukoko, une militante des droits de l'Homme de ce pays, torturée et détenue illégalement sous le régime de Robert Mugabe. Directrice de l’association Zimbabwe Peace Project, JestinaMukoko avait été kidnappée par des inconnus en 2008 après avoir, dénoncéavec véhémence les manœuvres du pouvoir de Robert Mugabe pendant les élections générales de cette année. Elle avait été gardée au secret et torturée pendant plusieurs semaines avant d’être accusée d’avoir participé à un complot pour renverser le chef de l’État. Les charges avaient finalement été abandonnées en 2009. Sa libération était intervenue en début mars 2009, après trois mois de détention suite au versement d’une caution.

« C’est une bonne chose qu’elle ait été relâchée mais sa liberté de mouvement reste limitée. Elle doit se présenter à la police et les accusations (de complot) sont toujours là alors qu’elle sait qu’elle n’a rien fait », avait déclaré son avocate, avocate Beatrice Mtetwa, précisant qu’une caution de 600 dollars (476 euros) a dû être versée.

Accusée de participation à un complot pour renverser le président Robert Mugabe, elle a nié les faits et affirmé n’être pas membre du principal parti d’opposition, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC).  Des accusations fallacieuses qui ne reposaient manifestement sur rien.

Sa longue bataille judiciaire a fini par payer ses fruits. Surtout avec le changement de régime dans ce pays. Le vendredi 5 octobre dernier, la Haute Cour a ordonné au gouvernement de « verser 150.000 dollars (130.000 euros) d’ici le 31 octobre 2018 » pour indemniser la militante, a indiqué l’organisation des Avocats du Zimbabwe pour les droits de l’Homme dans un communiqué. Une somme de 100.000 dollars sera versée à JestinaMukoko et le reste doit servir à couvrir ses frais d’avocat.

JestinaMukoko s’est réjouie de cette décision. C’est « un encouragement pour les défenseurs des droits de l’Homme. Les risques de leur travail ne sont pas vains », a-t-elle souligné. Ce jugement « envoie le signal fort que les crimes couverts par l’Etat ne peuvent pas rester impunis », a-t-elle encore estimé.

Cette décision de justice est certes une réparation du préjudice subi par JestinaMukoko. Seulement les auteurs de ce crime odieux ne sont pas identifiés et punis. Le pouvoir EmmersonMnangagwa doit œuvrer dans ce sens pour donner un signal fort aux agents qui exécutent ces basses besognes. Cette décision courageuse de la justice Zimbabwéenne doit aussi inspirer les autres pays où les crimes de torture sont choses courantes.

Pour rappel, JestinaMukokoavait reçu des mains de Michelle Obama, alors première Dame des États-Unis, le prix international des femmes de courage.

Shalom A

COUNTRIES, Zimbabwe,

Leave feedback or a comment