L’Europe, face à l’afflux quasi quotidien des migrants d’origine africaine sur son sol, met en œuvre des politiques drastiques pour faire face à cette situation. On constate avec regret une montée des extrêmes, qui prônent des solutions radicales, notamment les reconduites et la frontière ou carrément la fermeture des frontières aux vagues des migrants africains. Mais avant d’atteindre l’Europe, les migrants mènent un véritable parcours de combattant. Une aventure souvent périlleuse.Parfois, certainsd’entre eux se retrouvent au Maroc ou en Algérie avant de continuer leur chemin, ou finissent par s’installer dans ces pays. Or, il se révèle que ces pays précités ne voient pas d’un bon œil la présence de ses migrants, qu’ils traient de façon inhumaine. Finalement, l’Africains et devenu le loup pour son « frère » africain en situation délicate. Ces deux pays viennent d’être épinglés sur le traitement scandaleux réservé à leur « frère » africain en situation irrégulière sur leur sol. La HONTE ! Pire, les dirigeants africains peinent à trouver une solution idoine à cette crise migratoire, assistant ainsi, impuissant, au décès de ces milliers de jeunes qui périssent en mer, juste en quête d’un mieux-être.

Le Maroc, mauvais élève !

La route migratoire marocaine via la Méditerranée est devenue la voie la plus pratiquée par les candidats à la migration clandestine vers l'Europe. C’est un secret de Polichinelle.  L’Espagne est désormais le premier pays européen dans l'accueil de migrants. Selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), 42 000 migrants sont arrivés en Espagne dont plus de 38 000 par voie maritime, soit le double du nombre enregistré par la route migratoire libyenne qui s’achève en Italie.

Confrontés aux difficultés et aux maltraitances subis par les trafiquants en Libye, confrontés aussi à l'absence des bateaux humanitaires de sauvetage face aux côtes libyennes, des milliers de migrants originaires d'Afrique subsaharienne tentent la traversée de la Méditerranée en partant du Maroc. Récemment, au cours d’un seul week-end, plus de 1 800 migrants qui risquaient la traversée ont été secourus par les garde-côtes marocains et espagnols. Les opérations d'interception et de sauvetage face à la côte marocaine deviennent quasi-quotidiennes.

Les migrants subsahariens ne sont pas les seuls concernés. A eux s’ajoutent des centaines de jeunes marocains qui rêvent de changer leurs conditions de vie en atteignant l'Europe.Le traitement que réservel’Etat marocain aux migrants est à la limite, scandaleux. C’est aussi le constat du Groupe antiraciste d'accompagnement et de défense des étrangers et des migrants (Gadem). Cette association   dénonce des milliers d'arrestations et de déplacements forcés dans la région de Tanger mais également près d'une centaine d'expulsions hors cadre juridique.

Dans le nord du Maroc, le Groupe antiraciste d'accompagnement et de défense des étrangers et des migrants (Gadem) présentait le 11 octobre son rapport « expulsion gratuite » dans la capitale, Rabat. Les témoignages recueillis par ce regroupement révèlent qu’entre juillet et septembre, au moins 7 720 personnes qui ne sont pas marocaines auraient été victimes d'arrestations, puis de déplacements forcés dans la seule région de Tanger sans distinction de leur situation administrative.

Le Gadem dénonce ainsi une politique raciste des autorités. Il a également recensé 89 expulsions hors cadre juridique. D'autres sont toujours en attente. Plus d'une quarantaine de personne serait ainsi encore détenue au sous-sol du commissariat central de Tanger.

Camille Denis, coordinatrice générale du Gadem, décrit des conditions de détention inhumaines. Les migrants arrêtés « sont couchés à même le sol. Dans le rapport, on montre des photos avec des matelas qui sont vraiment les uns à côté des autres. Ils n’ont pas de couverture et ils ont les vêtements qu’ils avaient le jour de leur arrestation. C’était une période plutôt chaude, donc ils sont encore juste en tee-shirt et en short et se plaignent énormément du froid ».

Par ailleurs, « il y a une toilette qui est ouverte la journée. La nuit, elle est fermée, donc ils sont obligés d’uriner dans des bouteilles en plastique qui sont laissées juste à côté de leur tête. On a des photos aussi qui en attestent. L’accès aux soins est extrêmement limité. On peut voir que des personnes qui ont des pansements. Quatre personnes en ce moment sont très gravement malades à l’intérieur et ne sont pas du tout soignées ». De nombreux cas de violence sont signalés lorsque les forces de l’ordre viennent le matin pour appeler les personnes expulsées ou à l’aéroport, au moment d’embarquer, quand certains résistent.

Cette situation déplorable doit interpeller les consciences africaines pour qu’une solution appropriée soit trouvéeafin de préserver la dignité des personnes qui se trouvent dans cette situation peu enviable.

Le cas de l’Algérie 

Tout comme au Maroc, les migrants qui ont trouvé refuge en Algérie subissent un traitement inhumain de la part de leurs « frères ». L’OIM a critiqué à plusieurs reprises le traitement des migrants africains par ce pays, et notamment les opérations de rapatriement forcé. Mais pour les autorités de ce pays, cette opération de rapatriement est légale. « L'Algérie va poursuivre les opérations de reconduite aux frontières en conformité avec les dispositions des conventions internationales ratifiées et en application des accords bilatéraux de réadmission », souligne une autorité.

La plupart des migrants sont rapatriés au Niger dans des conditions rocambolesques. Pour un responsable au ministère de l'Intérieur, Alger et Niamey ont conclu un accord de rapatriement des migrants nigériens en situation illégale, dont la majorité pratique la mendicité sur la voie publique. « Il ne s'agit pas d'expulsions mais de mise en œuvre d'un accord bilatéral », a-t-il précisé.

S'agissant des migrants clandestins des pays de l'Afrique occidentale, la plupart « ne disposent pas de document de voyages ou d'identité et sont refoulés, en exécution de la législation en vigueur », a précisé ce responsable.

Ces rapatriements « sauvages » sont dénoncés par l’ONU. Un responsable des droits de l'homme aux Nations unies a appelé l'Algérie à « cesser immédiatement les expulsions de migrants » africains vers le Niger, dans un rapport. « J’appelle le gouvernement algérien à cesser immédiatement les expulsions collectives de migrants » africains « vers le Niger », a écrit Felipe Gonzalez Morales, Rapporteur spécial de l’ONU sur les droits de l’Homme des migrants, à l’issue d’une mission au Niger du 1erau 8 octobre.

Selon les estimations de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), l’Algérie a expulsé vers le Niger 35 600 Nigériens depuis 2014 – dont plus de 12.000 depuis le début 2018 – ainsi que plus de 8 000 migrants d’Afrique de l’Ouest depuis septembre 2017. Parmi ces derniers, de nombreux migrants « vivaient et travaillaient depuis plusieurs années en Algérie, où leurs enfants étaient nés et scolarisés », s’est indigné M. Morales.

Le rapport décrit un peu les conditions dans lesquelles ces renvois sont effectués. « Les migrants sont raflés à leurs domiciles en pleine nuit », « sans même avoir le temps de s’habiller, de prendre leurs affaires et leurs économies ». Ils sont emmenés dans des postes de police, « battus » puis déportés par bus vers la frontière du Niger, où ils doivent marcher pour rejoindre la ville la plus proche, déplore le rapport.

L’OIM a émis des critiques à plusieurs reprises sur le traitement des migrants africains par l’Algérie, et notamment ces opérations de rapatriement forcé. Alger avait réfuté en juillet les accusations de mauvais traitement. Felipe Gonzalez Morales a par ailleurs appelé dans son rapport le Niger à réformer sa loi (votée en 2015) contre le trafic de migrants, jugeant qu’elle pénalisait autant les migrants que les trafiquants, tou
t en saluant les efforts d’accueil déployés par ce pays pauvre d’Afrique de l’Ouest, un des principaux pays de transit de migrants vers l’Europe.

Cette situation constitue une véritable honte pour l’Afrique. On ne peut pas comprendre que les pays infligent de tels traitements à leurs frères du même continent.  Les dirigeants africains sont les véritables responsables de cette situation. Même en décembre 2017, lors du sommet UE-UA à Abidjan en Côte d’Ivoire, les Présidents africains avaient plaidé pour une solution africaine à cette crise migratoire. Presque un an après, c’est le statu quo. Tout simplement regrettable.

ShalomAmetokpo

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