Ces dix dernières années, l’internet surtout avec l’émergence des réseaux sociaux, a bouleversé le quotidien des populations à travers le monde. L’Afrique n’est pas en marge de cette révolution numérique. Seulement, l’accès à l’Internet mobile paraît manifestement trop cher sur le continent noir. Certains dirigeants se permettent de nos jours « d’inventer » des taxes sur l’utilisation de certaines applications telles que Facebook, Twitter, WhatsApp et autres. Ces mesures « impopulaires » ont été implémentées dans plusieurs pays. Du Sénégal au Bénin, en passant par l’Ouganda, la Zambie, la Tanzanie, le Kenya ou encore le Tchad, ces mesures été prises.  Certains dirigeants ont dû abandonné la mise en application de ces taxes face à la résistance des populations dont le revenu moyen reste tout de même insignifiant et dérisoire. Le cas du Bénin en est une parfaite illustration. Mais de toute évidence, ce désir d’augmenter le prix d’accès à l’internet en taxant certaines applications, témoigne de la volonté manifeste des pouvoirs africains de restreindre la liberté d’expression dans leur différent pays, puisque les réseaux sociaux constituent de nos jours, une espace incontournable de la libre expression mais aussi comme une arme aux mains de citoyens, jadis privés de parole.

Les quelques pays en question

Ouganda : Dans ce pays, les réseaux sociaux comme Facebook, Twitter, Whatsapp et même … Tinder sont taxés. Le président Yowerie Museveni prétend que cette mesure est destinée à lutter contre « les rumeurs ». Les défenseurs des droits de l’Homme ont dénoncé une entrave à la liberté d’expression. Mais peine perdue ! cette mesure imposée par le Parlement oblige les utilisateurs des principaux réseaux sociaux existants à s’acquitter d’une taxe. Ainsi, depuis le 1er juillet 2018, Facebook, Twitter, WhatsApp , Tinder etc,  sont soumis au paiement d’une taxe de 200 shillings par jour. Une somme certes symbolique, ((0,05 dollar, 0,04 euro par jour), mais qui augmente encore un peu plus le budget des Ougandais. Un forfait téléphonique d’un gigaoctet de données mobiles représente environ 15% du salaire mensuel moyen. Malgré les campagnes menées par les activistes, le gouvernement Ougandais n’a pas fait machine arrière.

Le ministre ougandais des Finances, David Bahati, a assuré que l’objectif de cette mesure était seulement d’accroître les revenus pour le fonctionnement des services publics.

« Le président (…) a dit que c’était pour que les jeunes gens arrêtent de faire des commérages mais ce qui est ironique dans ces déclarations, c’est qu’elles sont intervenues après que Bobi Wine est entré au Parlement en faisant campagne en ligne », a déclaré la journaliste et militante de la défense des droits, Lydia Namubiru. Bobi Wine, pour rappel, est un musicien devenu opposant politique très populaire au sein de la jeunesse désœuvrée. « L’intention cachée est d’étouffer la liberté d’expression, surtout maintenant qu’il est prouvé que s’organiser en ligne fonctionne », avait-t-elle ajouté.

La même loi impose aussi une nouvelle taxe de 1% sur les transactions monétaires par téléphone portable auxquels nombre d’Ougandais recourent en raison de la difficulté pour eux d’accéder aux services bancaires traditionnels.

Zambie : Les autorités zambiennes ont également procédé à la mise en place d’une taxe de 30 ngwe (0,1 USD) sur les appels internet sur des plateformes telles que WhatsApp, Skype et Viber.

Comme partout ailleurs où ces mesures liberticides ont été prises, les défenseurs de la liberté d’expression et les usagers ont vraiment préoccupés

De son côté, le gouvernement n’y voit qu’une décision visant à protéger les entreprises de télécommunications classiques. En effet, le ministère de la Communication a indiqué que seulement un million de citoyens, parmi les 4,5 millions de personnes possédant des smartphones dans le pays, avaient coutume de passer des appels par Internet. L’argent collecté par le biais de cette nouvelle taxe pourrait être partagé entre le gouvernement et les opérateurs de téléphonie, qui le réinvestiront dans leurs opérations.

Les observateurs sont vent debout contre la mesure. En effet, Internet est devenu un vecteur important de communication pour la société civile en Zambie et les activistes s’inquiètent du fait que la taxe réduira la liberté d’expression. « C’est une attaque délibérée contre la liberté d’expression et d’association », a déploré le responsable de l’ONG Bloggers de Zambie, Richard Mulonga, « un nouvel exemple du plan ourdi par l’État pour restreindre la liberté sur le Web ». « Ces gens continuent à restreindre nos libertés », a renchéri le militant des droits de l’homme Brebner Changala.

Tanzanie : Ici, ce sont les blogueurs qui sont dans le viseur des autorités. Le gouvernement Tanzanien a institué un impôt sur les Blogs qui constituent de véritables sources d’information alternatives dans ce pays. Ils ont fait leur apparition dans la bulle médiatique de ce pays depuis plus d’une décennie, permettant aux écrivains et aux journalistes indépendants d’exprimer leurs points de vue et de publier des informations souvent censurées dans les médias traditionnels.  Depuis mars 2018, la République de Tanzanie a publié le Règlement sur les communications électroniques et postales (pour le contenu en ligne) exigeant que les blogueurs s’inscrivent et payent plus de 900 dollars 900 U.S. par an pour publier en ligne.

« Les éditeurs de contenus en ligne (blogs, podcasts, vidéos) devront demander une licence au prix de 100 000 shillings tanzaniens (44 USD), paieront pour un droit de licence initial 1 000 000 shillings tanzaniens (440 USD) et une redevance annuelle de 1 000 000 shillings tanzaniens (440 USD) », lit-on dans le règlement. Cela suppose que pour réaliser quelque chose d’aussi simple qu’un blog personnel (texte) si vous vivez en Tanzanie, vous devrez débourser environ 900 $ (USD) en frais de licence. Ce règlement s’applique aux contenus en ligne, notamment : a) aux titulaires de licences de services d’application; (b) aux blogueurs; (c) aux cybercafés; (d) aux hébergeurs de contenus en ligne; (e) aux forums en ligne; f) aux radios ou télévisions en ligne; (g) aux médias sociaux; h) aux abonnés et aux utilisateurs de contenus en ligne; et (i) à tout autre contenu en ligne connexe.

Sénégal :  La tentation de la mise en place d’une taxe sur les résaux sociaux au Sénégal comme Whatsapp, Viber, etc., est trop grande. Cette annonce a créé une situation de panique sur internet.

Le gouvernement sénégalais a adopté en Conseil des ministres le 06 juin 2018, d’un projet de loi portant « Code des communications électroniques ». L’article 27, dans un de ses alinéas de cette loi dispose que « l’Autorité de régulation peut autoriser ou imposer toute mesure de gestion du trafic qu’elle juge utile pour, notamment préserver la concurrence dans le secteur des communications électroniques et veiller au traitement équitable de services similaires ».

Aujourd’hui, des bloggeurs, activistes, défenseurs des droits humains et des militants consuméristes craignent de voir cet acquis remis en cause par les effets pervers de ce texte.

Cette clause selon la communauté sénégalaise des usagers du web témoigne à suffisance de la volonté des autorités étatiques de livrer les consommateurs au diktat du régulateur et des opérateurs.

« L’heure est grave », avait affirmé le président de l’Association de la presse en ligne (APPEL), Ibrahima Lissa Faye, selon qui avec cet article 27, il faut s’attendre à des « restrictions des réseaux sociaux qui risquent d’envoyer beaucoup de jeunes au chômage ». « Il s’agit d’un piège qui finalement ne fera que l’affaire des opérateurs et du régulateur », renchérit-il. L’article 27 parle de « mesure de gestion » sans être explicite sur le contenu de ce terme.

Selon le bloggeur Pape Ismaël Dieng, cela risque de se traduire par une limitation des bandes passantes ou l’application de taxes sur l’utilisation des Over The Top (OTT), autrement dit, les services de téléphonie et de messagerie via Internet comme Whatsapp, Signal, Viber, Telegram, Messenger, etc.

« Cet alinéa de l’article 27 (du code en gestation) vise simplement à entraver l’expression de la citoyenneté », indique Dieng, qui a donné l’exemple des restrictions que subissent déjà les utilisateurs des médias sociaux dans des pays comme l’Egypte, l’Ouganda ou encore la Tanzanie.

De l’avis de Fatou Jagne Senghor, la directrice Afrique de l’Ouest de l’Ong Article 19, ce que propose cet article 27 est « inquiétant » dans la mesure où le régulateur sénégalais, en l’occurrence l’Agence de Régulation des Télécommunications et des Postes (ARTP), n’est pas « indépendant ».

Bénin : le gouvernement béninois a dû faire un rétropédalage face à la mobilisation générale des internautes suite à la mise en vigueur d’une taxe sur les réseaux sociaux.  Ils ont dénoncé pendant plusieurs semaines une mesure prise le 3 août 2018 qui introduit une taxe de « 5 FCFA (…) par mégaoctet pour l’accès à Internet utilisé pour fournir un service par contournement [plateforme OTT] ou une plateforme de réseau social ».

Le Président Béninois Patrice Talon a plié face à la vive contestation de sa décision de taxer les réseaux sociaux. L’annonce a été faite via le compte Twitter de la présidence béninoise, ce samedi 22 septembre. Entré en vigueur le 19 septembre, le décret instituant la taxe a été annulé par le pouvoir à la suite d’une rencontre entre le président béninois, les membres du gouvernement, les opérateurs de téléphonie mobile et l’autorité de régulation de la communication électronique du pays, l’ARCEP. Un communiqué officiel, publié quelques heures après le Tweet, justifie la décision de renoncer à la mise en œuvre du décret n°2018-341 du 25 juillet par une liste de dysfonctionnements occasionnés par l’application de la mesure. Bien avant, en réaction à cette mesure, l’Association des blogueurs du Bénin avait lancé une campagne intitulée #TaxePasMesMo, une pétition qui a été accompagnée d’une action de désabonnement de milliers d’internautes de toutes les pages du gouvernement et des ministères sur les réseaux sociaux.

Des coûts exorbitants pour une population vivant dans une précarité.

En Afrique, l’internet est trop cher. Conjugué à la mauvaise qualité du réseau dans plusieurs pays, les internautes sont confrontés à une situation délicate. Or, l’internet est devenu un outil incontournable voire une nécessité. Mais, l’accès à cet outil indispensable devient problématique pour les consommateurs africains qui vivent dans une précarité avec des revenus mensuels insignifiants. Si on jette un œil sur les revenus minimums mensuel sur le continent et le coût élevé de l’internet, il y a de quoi s’inquiété. Par exemple au Togo, pour payer 1,5 Go il va falloir débourser plus de 5000 F CFA, environ 10 dollar US, alors que le SMIG est à 35000 CFA (70 dollar/ mois).

On retrouve le même schéma dans plusieurs autres pays de l’Afrique avec l’internet qui est toujours réservé à une classe privilégiée. Par example, au Burkina Faso, (1 Go = 5000 CFA; 2 Go=7000 F ; 3 Go=10000 F), en Côte d’ivoire (1,5 Go=2500F ; 3 Go= 5000F), au Camerron (2 Go=1000) etc.

Les internautes béninois dénoncent depuis plusieurs semaines une mesure prise le 3 août 2018 qui introduit une taxe de « 5 FCFA (…) par mégaoctet pour l’accès à Internet utilisé pour fournir un service par contournement [plateforme OTT] ou une plateforme de réseau social ».

Aussi faut-il le souligner, l’accès à internet est devenu un droit fondamental. Il est donc important que les dirigeants africains mettent en place des politiques efficientes pour permettre aux populations d’avoir accès à l’internet. Ceux qui, pour des raisons de musellement de l’information créent des taxes tous azimuts pour limiter l’accès à cet outil, doivent se rentre à l’évidence que le monde évolue avec des mutations considérables, et qu’il est important qu’ils reviennent à de meilleurs sentiments.

Shalom Ametokpo

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