Ils sont encore trois activistes de la société civile nigérienne à être maintenu en détention. Il s’agit, entre autres, de Maikoul Zodi, Ibrahim Diori et Karim Tanko, tous accusés par le pouvoir de Niamey d’avoir pris part à un rassemblement interdit contre la loi de finances. Alors que leurs camarades de lutte s’attendaient à leur remise en liberté à l’issue du procès qui devrait se tenir ce 18 septembre 2018, les trois activistes ont été reconduits dans les geôles. Ainsi en a décidé la justice nigérienne, ceci avec une manœuvre au cœur de laquelle le groupe français Total est pointé du doigt.
En effet, le procès de Maikoul Zodi, coordonnateur de « Tournons la page » Niger, Ibrahim Diori, membre de l’association Alternative espace citoyen (AEC) et Karim Tanko, de l’Union des jeunes pour la protection de la démocratie et les droits de l’homme (UJPDDH) a eu lieu ce 18 septembre à Niamey, la capitale nigérienne. Ils sont poursuivis pour « organisation et participation à une manifestation interdite » et « dégradation de biens publics », suite à leur implication présumée dans une manifestation le 15 avril dernier. Mais, le procès n’a duré que le temps de son ouverture. Il s’est fait que la compagnie pétrolière française Total s’est mystérieusement portée partie civile dans cette affaire. Comble du ridicule, l’avocat qui devrait la représenter a brillé par son absence lors de ce procès. Pour plusieurs acteurs, c’est uniquement une manœuvre du pouvoir en place avec la complicité de cette multinationale pour maintenir au tant que ce peu ces trois activistes en prison.
Dans la foulée, la société civile nigérienne a lancé un appel au boycott de tous les produits de Total sur toute l’étendue du territoire pour manifester leur colère envers cette compagnie qui est mis à contribution afin de régler des comptes à des voix qui dérangent. « Nous ne comprenons pas cette attitude de Total qui prétend qu’il y a eu des dégradations de ses biens lors de lors des manifestations. Ce qui est archifaux. Il n’en est rien. C’est vraiment désolant que cette compagnie puisse rentrer dans ce jeu malsain et nous ne pouvons pas nous laisser faire. C’est pour cela nous avons lancé l’appel au boycott de tous les produits de Total et cet appel est scrupuleusement suivi par les Nigériens », souligne Issa Garba, membre influent de la société civile nigérienne.
Allant un peu au fond de ce dossier, il faut souligner sans risque de se tromper qu’aucun des activistes maintenus en détention n’a pris part au rassemblement interdit.
Plusieurs organisations au rang desquelles Amnesty International, lèvent la voix pour exiger la libération sans condition de ses activistes qui vraisemblablement sont victimes de l’arbitraire. Les autorités du Niger doivent abandonner les poursuites et libérer immédiatement et sans condition trois activistes détenus depuis cinq mois, a déclaré Amnesty International. «Pour être crédibles quant à la promotion et au respect des libertés, les autorités nigériennes se doivent d’être cohérentes. La décision d’autoriser le rassemblement du 9 septembre est un premier pas positif mais rien ne justifie l’interdiction des conférences publiques de Moussa Tchangari, Ali Idrissa et Nourou Arzika à Agadez, » a déclaré Kiné Fatim Diop.
Maikoul Zodi, Ibrahim Diori et Abdourahmane Ide ont été arrêtés le 15 avril dernier. Abdourahmane Ide a bénéficié d’un non-lieu. Karim Tanko, l’un des cosignataires de la déclaration de manifestation a été arrêté le 2 juillet par la police judiciaire. Ils sont inculpés pour « organisation et participation à une manifestation interdite », et «dégradation de biens publics».
La manifestation du 15 avril dernier avait été organisée par le Cadre de concertation et d’actions citoyennes (CCAC), une plateforme d’organisations de la société civile opposées à la loi de finances. L’appel à manifester contre cette loi avait été signé par plusieurs organisations de la société civile dont celles dirigées par Maikoul Zodi, Karim Tanko et Abderrahmane Ide.
Mais dès le 12 avril, l’organisation de la manifestation avait été interdite par le président de la délégation spéciale de Niamey au motif de « manque de moyens pour garantir la sécurité des personnes et de leurs biens pour un tel événement sur la voie publique. »
Leur procès a été reporté sur le 1er octobre prochain. Les regards sont dorénavant tournés vers Total et son avocat. Il ne sera plus tolérable de leur part une quelconque manœuvre pour faire durer le procès, prévient un membre de la société civile nigérienne qui envisage déjà des actions d’envergure pour se faire entendre si leurs camarades ne recouvrent pas la liberté.
Shalom Ametokpo

Togo

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