Photographie: Kayl Lawson ( VOA)

Les régimes dictatoriaux ont mille et un moyens pour museler et anéantir ceux qui se dressent contre eux. Au-delà de la violence physique avec parfois des exécutions extra-judiciaires, ils disposent   d’autres armes moins violentes mais efficaces pour parvenir à leur dessein machiavélique. L’une de ses armes reste la « répression fiscales ». Le régime de Faure Gnassingbé en fait usage pour réduire au silence les activistes et les opposants politiques qui sont mobilisés pour l’avènement de la démocratie dans la plus vieille dictature en Afrique. La dernière illustration de ce qu’on peut qualifier de gangstérisme d’Etat est la taxation absurde sur des affiches, imposée au Parti national panafricain (PNP), le parti à l’origine du mouvement populaire visant à contraindre le pouvoir de Lomé II à matérialiser les réformes constitutionnelles, institutionnelles et électorales. Mais bien avant, d’autres soutiens de l’opposition ont subi le même sort. 

Une pratique courante…

Un adversaire politique qui a les moyens financiers considérables est toujours redoutable. Les dictateurs l’ont bien compris et passent par tous les moyens pour détruire les sources de financement des opposants et des activistes. Ainsi, s’ils ne créent pas des dossiers de toutes pièces en mettant à contribution l’appareil judiciaire pour les embastiller, c’est à travers une « répression fiscale » qu’ils parviennent à leurs fins. Elle se manifeste par des impositions fiscales fantaisistes et des redressements fiscaux qui sont manifestement opérés en guise de punitions.

Le régime de Faure Gnassingbé n’hésite pas à utiliser cette arme. Certains de ses opposants ou leurs proches ont eu à subir des redressements fiscaux suspects, faisant ainsi couler leurs entreprises. Le plus récent cas reste le redressement fiscal fait au Cabinet de l’avocat Gil Bénoît Afangbédji, activiste et défenseur des droits de l’Homme, qui n’hésitait pas à critiquer et dénoncer les dérives du pouvoir autoritaire de Faure Gnassingbé. Son Cabinet a été fermé en pleine journée par les fonctionnaires de l’office Togolais des Recettes OTR. Raison : non-paiement d’impôts sur une période s’étalant jusqu’à dix ans !

Curieusement, les fermetures pour non-paiement d’impôt chez les avocats, c’est très rare car ceux-ci, généralement bien avisés, savent se prémunir contre ces types de désagréments.  Mais, c’était une véritable humiliation pour cet avocat défenseur des droits de l’homme et membre de la Cour Pénale Internationale. Bon nombre d’observateurs de la scène politique avaient souligné à l’époque que ce redressement fiscal estimé à plusieurs millions de Francs CFA, visait principalement à faire taire cette voix qui dérangeait. Evidemment, depuis ces épisodes, l’avocat qui était si prolixe, lorsqu’il s’agissait de dénoncer les dérives autocratiques du pouvoir en place, s’est mue dans un silence de cimetière depuis lors. Il n’intervient pratiquement plus sur les médias et se méfie de prendre des affaires à connotation politique.  « Le pouvoir a su le coincer avec cette affaire de redressement fiscal », pense un de ses compatriotes. Avant lui, plusieurs autres personnes soupçonnées d’être des bras financiers de l’opposition ont eu le même sort.

Plusieurs activistes qui mènent des de petites activités pour survivre dans un pays dans lequel le taux de chômage est des plus élevés en Afrique, sont aussi traqués par le fisc. Certains ont dû mettre la clé sous le paillasson. Par peur de représailles, plusieurs d’eux refusent de témoigner, sauf quelques téméraires. « Durant pratiquement presque les 5 ans que j’ai installé mon dépôt de vente de bois, je ne payais que 30000F à 45000 F ou tout au plus 500000 CFA par an au fisc.  Mais en 2017, les collecteurs de l’OTR viennent subitement me dire que selon les nouvelles de l’OTR, je dois désormais leur verser entre 700.000 et 850.000 F CFA. C’était une augmentation sans fondement et qui ne reposait sur rien, si ce n’est mon engagement politique qui s’est accru avec les manifestations publiques que je ne rate jamais.  Moi j’ai déchiré le papier qu’ils m’ont tendu devant eux et j’ai juré ne jamais payer cette somme exorbitante », témoigne BOB Atikpo, activiste politique résidant à Kpalimé, une ville contestataire du pouvoir de Faure Gnassingbé.

…et maintenant le PNP

« Par la présente, je viens vous informer des taxes à payer par le Parti national panafricain (PNP) sur ses affiches et murs peints à Tsévié. En effet, lors de notre rencontre du 13 août 2018 tenue dans la salle polyvalente de la Marie de Tsévié, nous avions convenu ensemble que le Parti national panafricain (PNP) doit se mettre en règle par rapport aux taxes sur la publicité à payer étant donné que toute action publicitaire dans la ville de Tsévié est assujettie au payement de taxe communales. Suite à la rencontre susmentionnée, mes services sont partis sur   les lieux pour prendre des dimensions et les calculs ont été faits. Par conséquent, conformément aux bases de nos taxes et mesures prises, vous aurez à payer une somme de cinq cent soixante-dix-sept mille huit cent francs (577800 F) CFA par an pour la commune de Tsévié. Recevez monsieur le représentant, l’expression de mes considérations ».  C’est à travers ce courrier surréaliste et sûrement le premier du genre que le Maire de la commune de Tsévié a notifié à la section locale du Parti national panafricain (PNP), le payement d’une taxe vraisemblablement sortie de l’imagination fertile de ce Maire. Cette décision bizarroïde a surpris plus d’un, pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, c’est la première fois qu’un Maire sort une telle note pour taxer de simples affiches d’un parti politique. Aussi pourquoi sortir une telle note à ce moment précis où ce parti constitue sans doute une force redoutable vis-à-vis du pouvoir de Faure Gnassingbé.  On sait également que d’autres partis notamment UNIR, le parti présidentiel a inondé cette ville d’affiches publicitaires. Mais curieusement, ce fameux Maire n’a jamais sorti la moindre note pour taxer ces affiches. Un cas flagrant d’injustice et de volonté manifeste de nuire.  « Cette décision du Maire est inique et ne repose sur rien. Ils ont tenté par tous les moyens pour nous créer des ennuis, mais face à notre détermination, ils n’y parviennent pas. Ils s’acharnent quotidiennement contre nos membres à travers des arrestations arbitraires et autres brimades. Mais nous ne cédons pas. Maintenant, ils veulent passer par cette répression fiscale pour nous asphyxier, mais je crois que c’est « peine perdue ». Cette nouvelle trouvaille ne va pas nous dédouaner de notre objectif principal, celui de réaliser l’alternance au Togo et pour cela, rien ne peut nous arrêter. Mais c’est ridicule ce que ce Maire tente de faire », souligne un cadre du parti de Tikpi Atchadam.

Shalom Ametokpo

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