Togo : la liberté d’expression « en souffrance », encore un activiste jeté en prison

 

Le Togo reste incontestablement l’une des vieilles dictatures en Afrique. Naturellement, la jouissance des libertés individuelles, même les plus élémentaires des citoyens n’est point garantie.  La liberté d’expression n’existe que de nom dans ce petit pays de l’Afrique de l’Ouest. Le régime autocratique de Faure Gnassingbé a fini par basculer dans un « Etat paranoïaque ». Les citoyens togolais n’ont pas cette liberté d’émettre des opinions contraires à celle de la dictature. Même les réseaux sociaux sont sous étroite surveillance. Les jeunes activistes, les plus téméraires sont arrêtés et injustement jetés en prison. Le degré de paranoïa du pouvoir de « Gnassingbé Fils » a atteint une proportion inquiétante depuis le 19 août 2017, au point que les simples conférences de presse à caractère politique sont interdites ou les organisateurs carrément arrêtés. C’est le cas de l’activiste Foly Satchivi qui séjourne depuis quelques jours à la prison civile de Lomé.

Net recul de la liberté d’expression

« Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considération de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit. ». Cette disposition de la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948 qui consacre sans ambigüité la liberté d'expression, est manifestement méconnue des autorités togolaises. Soit, elles feignent de la connaître afin de bâillonner davantage ce peuple épris de paix de justice. De cette disposition qui existe dans le bloc de constitutionnalité du Togo, il va de soi que chacun a le droit d'avoir son opinion, ses idées et de l'exprimer par n'importe quel moyen et sous n'importe quel format. Mais, sous le règne du régime Gnassingbé, de Père en Fils, c’est tout le contraire qu’on constate.

La violation massive de libertés fondamentales des Togolais s’est considérablement accentuée depuis le déclenchement des mouvements de contestation, le 19 août 2017.  Depuis cette date mémorable, où le régime de Faure Gnassingbé a été secoué, toute démarche qui est présumée ne pas arranger ce pouvoir liberticide est strictement surveillée, voire interdite purement et simplement. Tout ceci au mépris de la légalité, puisque la Constitution togolaise garantit la jouissance de ces libertés. A côté de la répression militaire des manifestations publiques, c’est un véritable Etat de terreur qui s’est installé et entretenu à dessein.

Le régime a, maintes fois systématiquement, contre toute logique légale, interdit les manifestations publiques. Quel que soit l’initiateur, tant que le but visé n’est pas d’applaudir la dictature, elle est interdite. Le Front Citoyen Togo Debout (FCTD) a été plusieurs fois victime de cet abus de pouvoir.

Certaines localités sont verrouillées à toute velléité de contestation. Les populations de ces contrés sont obligés de subir en silence les affres de la dictature, sans dire mot.  C’est notamment le cas de Kara, la supposée fief du parti au pouvoir. Cette ville que certains qualifient de « l’autre continent » ou encore « la cité interdite », est verrouillée et un embargo non négociable est imposé sur toute activité d’une organisation politique ou non, ne s’identifiant pas au parti de l’oiseau bleu sans pattes. Récemment, les leaders de l’opposition comme le Prof Wolou et Nathanaël Olympio y avaient prévu des activités de sensibilisation à la citoyenneté ou, selon les cas, à l’éducation politique. Ils ont simplement été cueillis à froid, nonobstant l’accomplissement de toutes les formalités prévues.

Les réseaux sociaux constituent de nos jours une espace de liberté où les citoyens peuvent exprimer de façon libre leurs opinions. Mais au Togo, même en l’absence d’une législation réglementant ce domaine, les publications des activistes sont scrutées à la loupe. Certains d’eux ont fini en prison. C’est le cas du jeune Bob Atikpo, qui a été récemment condamné à 12 mois de prison dont 9 avec sursis. On lui reproche d’avoir partagé sur Facebook, une image diffamant le ministre en charge de la sécurité, Yark Damehame. Seulement, l’image en question paraît a priori anodine. Pour lui, la liberté d’expression au Togo n’est qu’un leurre. « J’ai été enlevé le 23 janvier 2018 à Kpalimé (ville contestataire) dans des conditions rocambolesques.  J’ai été conduit tout d’abord dans les locaux du Service de renseignement SRI. Là, on m’a accusé de détention d’armes, d’incendie volontaire de la préfecture de Kpalimé, de groupement de malfaiteurs etc. lorsque j’ai été présenté au juge d’instruction, il m’a été reproché la diffusion d’une fausse information et on m’a montré l’image de Yark en question. C’est sur cette base que j’ai fait trois (03) mois en prison en plus d’une amende de 200n mille francs CFA », a-t-il raconté, avant d’ajouter : « Au Togo, seuls ceux qui sont au pouvoir et leurs affidés ont le droit d’exprimer, sans crainte leurs opinions. Pour nous autres, pour avoir la paix, on doit respecter la loi du silence ».

Bien avant Bob Atikpo, d’autres personnes ont été jetées en prison suite à des publications sur les réseaux sociaux. Le régime est allé jusqu’à couper à plusieurs reprises l’internet aux fins de conservation de pouvoir, privant ainsi les citoyens de cet outil qui est devenu incontournable dans la vie quotidienne des uns et des autres.

Le cas Satchivi…

L’état de frilosité dans lequel se trouve aujourd’hui le régime de Faure Gnassingbé fait que certains apparatchiks du pouvoir commettent des impairs, qui frisent parfois le ridicule. La nouvelle trouvaille est l’interdiction de simples conférences de presse. C’est ainsi qu’une conférence de presse de l’APED du trio d’avocats Mes Zeus Ajavon- Djovi Gally- Jean Yaovi Degli avait été empêchée. C’était sous prétexte que cette structure agirait dans l’illégalité. Seulement cette situation démontre à suffisance que Faure Gnassingbé et consorts ont l’illusion d’être constamment persécutés et peur qu’une initiative quelconque puisse leur ravir le fauteuil présidentiel. Actuellement c’est l’activiste Foly Satchivi, premier responsable du Mouvement « En aucun cas » qui en paye le lourd tribut.

En effet, le mercredi 22 août 2018, le Mouvement « En aucun cas » avait prévu d’organiser une conférence pour échanger sur la situation sociopolitique du pays. Mais contre toute attente que l’événement n’a pu avoir lieu. Déjà dans la matinée, le lieu qui devrait abriter cette simple conférence de presse a été bouclé par une horde de force de sécurité.

A en croire les témoignages, l’officier qui commandait l’opération aurait eu un bref entretien avec Foly Satchivi avant d’ordonner son arrestation. L’intéressé a été emmené à la Direction Centrale de la Police Judiciaire (DCPJ) où il a passé la nuit du mercredi à jeudi avant d’être déposé à la prison civile de Lomé, où il séjourne actuellement.  

D'après le ministre de la Sécurité et de la Protection civile, le Général Yark Damehane, cité par les confrères, le mouvement dont Foly Satchivi est le premier Porte-parole n'a pas d'autorisation officielle. Conséquence, « l'organisation de sa conférence de presse est illégale ». « L'activiste a nargué les forces de l'ordre quand celles-ci lui ont signifié que sa manifestation était illégale. Il a passé outre les injonctions et a déployé sa banderole », a déclaré le Général Yark Damehame.

Invraisemblable comme cela puisse paraitre, au Togo, le  seul fait de « narguer » un agent de police constitue un délit pour lequel on jette des citoyens en prison. Foly Satchivi, est maintenant accusé de rébellion. Il encourt, si ce chef d’accusation est maintenu, plusieurs années de prison. Son domicile à Adakpamé, son ancienne demeure à Hédzranawoé ainsi que le siège de Novation Internationale ont fait l’objet d’une perquisition. « C’est chez moi à la maison qu’ils ont déchiré la banderole », a-t-il confié. « Nous allons au fond du dossier, il appartient à l’accusation de ressortir les faits et de démontrer par A+B que M. Satchivi a commis des actes de rébellion et qu’il a fait l’apologie des crimes et des délits », a déclaré son avocat, Me Raphaël Kpandé-Adzaré.

Le jeune Satchivi s’ajoute ainsi à cette pléthore de prisonniers d’opinion qui croupissent injustement dans les geôles de la dictature de Faure Gnassingbé.  « Au Togo, il suffit de ne pas regarder dans la même direction que ce pouvoir liberticide, pour se retrouver en prison », peste un citoyen désabusé

Shalom Ametokpo

 

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